Edith Stein, à l’écoute de la Parole de Dieu   

 Waltraud Linnig

Article publié dans la revue Thérèse de Lisieux, juin 2005, p. 18-19

 

L’Écriture Sainte a jailli pour Edith Stein comme une source vivifiante capable d’irriguer toute une vie.

Le 12 octobre 1891 est, cette année là, le jour du grand pardon. C’est l’unique jour où, selon Lv 16, le grand prêtre entrait dans le Saint des Saints afin d’offrir le sacrifice pour l’expiation des péchés du peuple. Lorsque Edith Stein voit le jour, les juifs prient à la synagogue et jeûnent pour obtenir le pardon. Edith reconnaîtra dans cette coïncidence un appel tout particulier à vivre pour les autres. Plus tard au Carmel, elle interprètera sa vocation à partir de l’histoire biblique d’Esther. Cette reine juive risque sa vie pour sauver les siens : « Je dois toujours penser à la reine Esther qui a été tirée de son peuple précisément pour se tenir devant le roi en faveur de son peuple. Je suis une petite Esther très pauvre et impuissante, mais le roi qui m’a choisie est infiniment grand et miséricordieux. C’est une si grande consolation »[1]. Dans cette lumière, sa parole exprimée le jour de son arrestation « Allons pour notre peuple » apparaît comme une illustration ultime de sa mission comprise à la lumière de la Parole de Dieu.

Le chemin vers cet accomplissement était pourtant sinueux. Certes, pendant son enfance, elle était en contact avec les Écritures d’Israël par la pratique juive dans sa famille, par les visites à la synagogue, le shabbat, les fêtes liturgiques et les rites divers. Cependant, ces Écritures ne lui ont pas révélé le visage du Dieu vivant — l’Évangile non plus, lorsqu’elle le rencontre pour la première fois pendant ses études à Breslau, en 1912. Elle passera par le refus de prier, par des crises intérieures et des difficultés multiples, pour accepter, peu à peu, que Dieu vienne interroger sa vie. C’est alors que l’Évangile commence à s’ouvrir à sa quête de sens.

Dès 1918, l’évangile selon S. Luc répond à une préoccupation personnelle : « Je cherche toujours en vain à comprendre quel est le rôle que nous, hommes, jouons dans l’histoire du monde ». Elle trouve en Lc 22,22 une indication : « "Certes, le Fils de l’homme s’en va selon ce qui a été fixé. Mais malheur à l’homme qui le livrera !" Cela ne vaut-il pas en général ? Nous provoquons des événements et en portons la responsabilité. Pourtant, au fond, nous ne savons pas ce que nous faisons et nous ne pouvons pas arrêter l’histoire du monde, même si nous nous y engageons… »[2]. C’est la première guerre mondiale, Edith Stein qui a alors 27 ans, cherche anxieusement dans l’Écriture le sens de sa vie et des événements. Depuis, l’Évangile ne cessera de l’instruire et de lui révéler le Christ.

C’est en la fête de la Circoncision du Christ, le 1 janvier 1922, qu’elle recevra le baptême. Elle avait choisi ce jour, parce que la Circoncision est le signe de l’Alliance entre Dieu et son peuple (Gn 17)[3]. Dans le Christ, l’Ancien Testament aussi commence à s’illuminer pour elle.

Voici que désormais, toute la Bible l’accompagne dans ses activités même professionnelles. « Nous jetons la semence, mais nous ne savons pas si elle tombe sur le terrain rocailleux ou sur la bonne terre, et celui qui donne la croissance, c’est Dieu »[4]. Voilà ce qu’est pour elle un éducateur. Elle n’hésitera pas à conseiller à une enseignante de mettre en pratique les paroles du Christ en Mt 6,33 « chercher d’abord le Royaume de Dieu » et de suivre Ac 5,29 « d’obéir plutôt à Dieu qu’aux hommes » afin de tenir comme enseignante chrétienne dans des conditions hostiles à la foi[5]. Elle-même puise dans la Bible la force de vivre des événements difficiles. La confession de foi d’Abraham en Gn 22,8 « Dieu pourvoit » l’accompagne quand la vie au Carmel rend ardu le travail scientifique et lorsque la situation politique entrave la publication de ses livres[6]. Dans l’incertitude de son avenir en 1933 et pendant la maladie de sa mère en 1936, S. Paul la soutient : « Nous savons que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu… » (Rm 8,28)[7]. Ne suffit-il pas de s’attacher à l’« unique nécessaire » (Lc 10,42)[8] ?

Plus tard, Edith Stein carmélite s’exclamera : « L’Écriture Sainte, quel trésor inépuisable ! »[9]. Au Carmel, elle lit et médite l’Écriture sans cesse, elle la célèbre dans la liturgie qu’elle aimait tant et la considère comme la nourriture la plus saine et la plus nourrissante[10]. En S. Jean de la Croix elle trouve un éducateur excellent pour approfondir la lecture de la Bible[11]. Ses derniers écrits, Être fini et être éternel, la Science de la Croix et les nombreux écrits spirituels, poèmes et récréations montrent de façon vivante qu’elle est pétrie de la Parole de Dieu. Il n’est pas étonnant que ses sœurs carmélites à Echt fêtent son 50ième anniversaire avec un jeu sur les patriarches de l’Ancien Testament selon Si 44-50[12]. Comme ces pères de la foi d’Israël, Edith Stein a bu à la source de la Parole de Dieu et s’est laissée transformer par elle pour devenir, à son tour, « mère » d’une multitude…

 


 

[1].    Cf. Lettre du 31.10.1938.

[2].    Lettre du 19.22.1918.

[3].    Cf. Lettre du 26.01.1922.

[4].    Stein E., Wahrheit und Klarheit im Unterricht und in der Erziehung, ESGA 16, p. 8.

[5].    Lettre du 07.09.37.

[6].    Lettres du 05.05.34 et du 03.04.40.

[7].    Lettre du 13.09.36.

[8].    Cf. Lettre du 19.12.30 et du 21.01.38 et ESGA 16, p. 79 et 165…

[9].    Lettre du 23.06.1935.

[10].   Lettre du 23.05.1938.

[11].   Lettres du 25.04.1935 et du 02.11.1935.

[12].   Cf. Lettres du 13.10.41 et du 07.11.41.